Dans une ordonnance du 12 août 2026, le juge des référés du tribunal administratif de Versailles a rejeté la demande d’une famille qui contestait la décision de la commission d’appel d’orientation refusant le passage de leur enfant en seconde générale et technologique et maintenant son orientation en seconde professionnelle.
La famille produisait notamment un bilan psychomoteur récent faisant apparaître des difficultés attentionnelles et exécutives susceptibles d’expliquer les résultats scolaires de l’élève. Le juge relève toutefois que ce bilan ne préconisait pas une orientation en seconde générale et technologique et envisageait, au contraire, différents aménagements pouvant être mis en œuvre en seconde professionnelle.
TA Versailles, 12 août 2026, n° 2610663.
Peut-on contester un refus de passage en seconde générale après la 3e ?
Oui.
À la fin de la classe de troisième, les parents formulent leurs demandes d’orientation. Celles-ci sont examinées par le conseil de classe au regard de l’ensemble des informations disponibles concernant l’élève.
Lorsque la proposition du conseil de classe ne correspond pas à la demande de la famille, le chef d’établissement reçoit l’élève et ses parents afin de recueillir leurs observations avant de prendre une décision d’orientation.
Cette décision peut ensuite faire l’objet d’un recours devant la commission d’appel d’orientation.
L’article D. 331-35 du code de l’éducation prévoit que les parents qui le demandent sont entendus par cette commission et précise que :
« Les décisions prises par la commission d’appel valent décisions d’orientation définitives. »
Dans cette affaire, le conseil de classe puis le chef d’établissement s’étaient opposés à la demande de passage en seconde générale et technologique.
La commission d’appel avait ensuite confirmé, le 11 juin 2026, l’orientation de l’élève en seconde professionnelle.
Le père de l’élève a alors saisi le tribunal administratif d’un recours en annulation accompagné d’un référé-suspension afin d’obtenir rapidement le réexamen de la situation avant la rentrée scolaire.
Un bilan psychomoteur peut-il permettre de contester une orientation en seconde professionnelle ?
Oui, mais encore faut-il que son contenu soit susceptible de remettre en cause les motifs retenus par la commission d’appel.
Dans cette affaire, la commission avait notamment fondé sa décision sur les résultats insuffisants de l’élève, sur un investissement jugé trop irrégulier pour envisager une seconde générale et technologique ainsi que sur le refus de bénéficier du dispositif d’aide proposé par l’établissement.
La famille produisait toutefois un bilan psychomoteur réalisé postérieurement à cette décision.
Ce bilan mettait en évidence des difficultés attentionnelles et exécutives.
Le père soutenait donc que les difficultés scolaires de son fils avaient été incorrectement interprétées par l’établissement : elles ne traduisaient pas nécessairement un manque d’investissement mais pouvaient s’expliquer par les difficultés révélées par ce bilan.
La famille contestait également avoir refusé toute aide. Elle indiquait avoir considéré que le dispositif « Devoirs faits » ne correspondait pas aux besoins de l’enfant et avoir mis en place des cours particuliers.
La question posée au juge était donc particulièrement intéressante : la découverte de difficultés attentionnelles susceptibles d’expliquer les résultats scolaires d’un élève peut-elle remettre en cause une décision refusant son passage en seconde générale ?
Des difficultés attentionnelles imposent-elles le passage en seconde générale et technologique ?
Non.
C’est le principal enseignement de cette ordonnance.
Le juge administratif examine le contenu du bilan psychomoteur produit par la famille.
Or, si ce document mettait effectivement en évidence des difficultés attentionnelles et scolaires, il ne comportait aucune recommandation en faveur d’une scolarisation en seconde générale et technologique.
Au contraire, le tribunal relève que le bilan envisageait :
« différents aménagements susceptibles d’être diligentés en classe de seconde professionnelle. »
Cette précision est déterminante.
La production d’un bilan médical, psychologique, neuropsychologique ou psychomoteur ne suffit donc pas, à elle seule, à remettre en cause une décision d’orientation scolaire.
Encore faut-il que son contenu permette effectivement de contredire l’analyse réalisée par l’établissement ou par la commission d’appel.
Dans cette affaire, le bilan pouvait permettre d’apporter une explication aux difficultés de l’élève, mais il ne permettait pas d’établir que son orientation en seconde professionnelle était inadaptée ou qu’un passage en seconde générale et technologique aurait dû être décidé.
Les résultats scolaires sont-ils les seuls critères pour décider du passage en seconde générale ?
Non.
Le code de l’éducation prévoit que l’orientation ne repose pas uniquement sur la moyenne générale ou sur les notes obtenues par l’élève.
L’article D. 331-32 prévoit que le conseil de classe examine les demandes d’orientation en prenant en compte :
« l’ensemble des informations réunies par ses membres sur chaque élève ainsi que les éléments fournis par l’équipe pédagogique ».
Les résultats scolaires constituent donc un élément important de la décision d’orientation, mais ils doivent être replacés dans une appréciation plus générale de la situation de l’élève.
C’est précisément pour cette raison qu’un bilan psychomoteur ou un document médical peut présenter un intérêt dans le cadre d’un recours contre une décision d’orientation.
Un tel document peut, par exemple, permettre d’apporter une explication à des résultats insuffisants, à un manque apparent de concentration ou à un comportement jusque-là interprété comme un défaut d’investissement.
Encore faut-il que les conclusions du document produit soient suffisamment précises pour remettre en cause l’orientation retenue.
Comment utiliser un bilan psychologique ou médical pour contester une orientation scolaire ?
Cette décision présente sur ce point un enseignement pratique important pour les familles.
Lorsqu’un recours contre une orientation scolaire repose sur la situation médicale, psychologique ou neurodéveloppementale d’un enfant, il ne suffit pas nécessairement de produire un document établissant l’existence de difficultés.
Il faut également pouvoir établir le lien entre ces difficultés, les résultats de l’élève et l’orientation contestée.
Dans cette affaire, le bilan permettait de discuter l’interprétation faite du manque d’investissement de l’élève, mais ses conclusions n’indiquaient pas que le passage en seconde générale et technologique était nécessaire ou même préférable.
Au contraire, elles envisageaient des aménagements susceptibles d’être mis en place en seconde professionnelle.
Pour être utile dans le cadre d’un recours, un bilan devra donc permettre d’expliquer les difficultés rencontrées par l’enfant et leurs conséquences sur sa scolarité.
Lorsqu’il existe une difficulté particulière liée à l’orientation, les préconisations formulées par le professionnel qui suit l’enfant peuvent également présenter une importance déterminante.
Peut-on saisir le tribunal administratif contre une décision de la commission d’appel d’orientation ?
Oui.
La décision prise par la commission d’appel constitue une décision d’orientation définitive qui peut être contestée devant le tribunal administratif.
Dans cette affaire, le père de l’élève avait saisi le juge des référés sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
Il demandait la suspension de la décision du 11 juin 2026 et invoquait notamment la proximité de la rentrée scolaire pour caractériser l’urgence.
Toutefois, le référé-suspension suppose la réunion de deux conditions : l’urgence et l’existence d’un moyen propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision.
Le tribunal considère ici que la seconde condition n’est pas remplie :
« En l’état de l’instruction et au vu des pièces produites au dossier, aucun de ces moyens n’est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. »
Le juge rejette donc la demande sans avoir besoin d’examiner la condition d’urgence.
Cette précision est importante : le tribunal ne juge pas que la proximité de la rentrée scolaire serait insuffisante pour caractériser une situation d’urgence. Il ne se prononce tout simplement pas sur cette question.
Le maintien en troisième est-il possible après un refus de passage en seconde générale ?
Oui.
Cette possibilité est expressément prévue par le code de l’éducation et peut présenter un intérêt important lorsqu’une famille refuse l’orientation professionnelle proposée à son enfant.
Le tribunal rappelle les dispositions de l’article D. 331-35 du code de l’éducation selon lesquelles, pour les élèves de troisième et de seconde, lorsque la décision définitive d’orientation ne recueille pas l’assentiment de la famille, celle-ci peut demander le maintien dans le niveau de classe d’origine dans les conditions prévues par l’article D. 331-37 du même code.
Ainsi, lorsqu’une commission d’appel refuse le passage d’un élève de troisième en seconde générale et technologique et décide une orientation vers la voie professionnelle, la famille peut, sous les conditions prévues par les textes, demander son maintien en troisième.
Cette possibilité peut notamment permettre d’éviter une orientation professionnelle non souhaitée lorsque la famille considère qu’une année supplémentaire est nécessaire pour consolider les acquis de l’élève avant d’envisager une nouvelle orientation.
Comment contester une orientation en seconde professionnelle après la 3e ?
Lorsqu’une famille souhaite contester un refus de passage en seconde générale et technologique, il convient d’agir rapidement.
La première étape consiste à préparer le recours devant la commission d’appel d’orientation en réunissant les éléments susceptibles de remettre en cause l’appréciation du conseil de classe et du chef d’établissement : résultats scolaires, progression au cours de l’année, appréciations des enseignants, projet scolaire de l’élève, circonstances personnelles et, lorsque cela est pertinent, éléments médicaux ou psychologiques.
Lorsque la commission d’appel confirme l’orientation contestée, sa décision peut faire l’objet d’un recours devant le tribunal administratif.
À l’approche de la rentrée scolaire, un référé-suspension peut également être envisagé afin d’obtenir une décision rapide.
Cette ordonnance du tribunal administratif de Versailles montre toutefois qu’il est essentiel de présenter des éléments qui remettent directement en cause les motifs retenus par la commission d’appel.
La seule découverte de difficultés attentionnelles ou psychomotrices ne suffit pas nécessairement lorsque les conclusions du bilan produit demeurent compatibles avec l’orientation décidée par la commission.
Notre cabinet d’avocat en droit de l’éducation peut vous accompagner dans l’ensemble de ces démarches. Prenez rendez-vous en ligne pour un rendez-vous au cabinet ou à distance.
Quel rôle de l’avocat en droit de l’éducation pour contester un refus de passage en seconde générale ?
L’avocat en droit de l’éducation pourra accompagner la famille dès le refus de passage en seconde générale et technologique et préparer avec elle le recours devant la commission d’appel.
Il pourra notamment analyser les motifs pédagogiques opposés à l’élève, vérifier le respect de la procédure d’orientation et déterminer la portée des éléments médicaux, psychologiques ou scolaires produits par la famille.
Lorsque la commission d’appel confirme l’orientation vers une seconde professionnelle, l’avocat pourra saisir le tribunal administratif et, lorsque la rentrée est imminente, apprécier l’opportunité d’un référé-suspension.
L’enjeu sera alors de démontrer non seulement les difficultés particulières rencontrées par l’élève, mais également en quoi ces éléments sont susceptibles de remettre en cause la légalité de la décision refusant son passage en seconde générale et technologique.
Notre cabinet d’avocat en droit de l’éducation intervient dans toute la France.
