Peut-on demander le contrôle d’un établissement scolaire privé ?
Le tribunal administratif de Paris vient de rendre une décision particulièrement intéressante pour les familles d’élèves scolarisés dans l’enseignement privé sous contrat.
Au-delà du contentieux médiatisé concernant le collège Stanislas (voir le reportage diffusé sur France 2), le jugement apporte une précision importante : les parents, les associations ou toute personne ayant intérêt à agir peuvent demander à l’administration d’exercer son pouvoir de contrôle sur un établissement privé sous contrat et, en cas de refus, contester cette décision devant le juge administratif.
TA Paris, 1re sect. – 3e ch., 19 juin 2026, n° 2413300 – Lire en ligne
Les faits à l’origine de cette avancée et la question de droit
L’association SOS Homophobie avait demandé au préfet de résilier les contrats d’association conclus entre l’État et l’établissement Stanislas, en invoquant plusieurs manquements relatifs au respect des valeurs de la République, à la non-discrimination et à l’éducation à la vie affective et sexuelle. Le préfet ayant refusé d’engager une telle procédure, l’association a saisi le tribunal administratif.
La question de droit :
Un parent d’élève peut-il demander à l’administration de contrôler un établissement privé sous contrat ? Et surtout, le refus de l’administration d’exercer ce contrôle peut-il être contesté devant le tribunal administratif ?
La solution du tribunal : La reconnaissance d’un droit aux parents d’élèves
Le tribunal répond clairement par l’affirmative.
Il rappelle d’abord que, contrairement à ce que pourrait laisser penser son appellation, le contrat d’association conclu entre l’État et un établissement privé ne crée pas une relation contractuelle de droit commun. Les obligations de l’établissement découlent essentiellement de la loi et des règlements, notamment du code de l’éducation.
Le tribunal en déduit une conséquence importante : lorsqu’une personne demande à l’administration de mettre en œuvre son pouvoir de contrôle sur un établissement privé sous contrat, la décision prise par l’administration constitue un acte administratif unilatéral, susceptible d’un recours pour excès de pouvoir.
Autrement dit, il est désormais clairement admis qu’un refus d’engager une procédure de contrôle ou de résiliation n’échappe pas au contrôle du juge administratif.
En l’espèce, le tribunal considère toutefois que le préfet n’a pas commis d’erreur manifeste d’appréciation. Il relève qu’à la suite du rapport de l’Inspection générale, l’académie de Paris avait déjà engagé un contrôle renforcé de l’établissement entre février 2024 et mai 2025 : inspections pédagogiques, contrôle du respect des programmes, évolution du projet éducatif sur l’égalité entre les filles et les garçons et mise en place de dispositifs destinés à garantir le respect des valeurs de la République. Dans ces conditions, le refus d’engager une procédure de résiliation était légal.
L’intérêt pratique pour les parents : comment demander un contrôle d’un établissement scolaire privé
C’est probablement l’apport le plus intéressant de cette décision.
Jusqu’à présent, de nombreux parents estimaient ne disposer d’aucun moyen d’action lorsqu’ils constataient qu’un établissement privé sous contrat ne respectait pas les obligations qui lui sont imposées par le code de l’éducation.
Le tribunal rappelle au contraire que les établissements privés sous contrat sont soumis au contrôle de l’État. Ce contrôle porte notamment sur le respect des programmes de l’enseignement public, des textes législatifs et réglementaires applicables ainsi que des engagements souscrits dans le cadre du contrat d’association.
Les conseils pratiques de l’Avocat en droit de l’éducation :
Il est recommandé de décrire précisément les faits reprochés, d’identifier les dispositions du code de l’éducation susceptibles d’être violées et de joindre tout élément de preuve utile (courriels, règlements intérieurs, supports pédagogiques, témoignages, photographies ou tout autre document). Plus la demande est étayée, plus l’administration sera tenue de se prononcer sur des griefs précisément identifiés.
Dès lors, lorsqu’un parent estime qu’un établissement méconnaît ces obligations, il peut saisir le recteur ou le préfet afin de demander l’exercice de ce pouvoir de contrôle.
Si l’administration refuse explicitement ou implicitement d’intervenir, ce refus pourra désormais être contesté devant le tribunal administratif.
Le juge ne substituera pas son appréciation à celle de l’administration. En revanche, il vérifiera que celle-ci n’a pas commis d’erreur manifeste d’appréciation en refusant d’engager les mesures de contrôle sollicitées.
À retenir
Cette décision dépasse largement le seul dossier Stanislas.
Elle confirme qu’un parent d’élève n’est pas démuni face à un établissement privé sous contrat qui méconnaîtrait les obligations attachées à son contrat d’association. Il peut saisir l’administration afin qu’elle exerce son pouvoir de contrôle et, en cas d’inaction ou de refus, demander au juge administratif d’en contrôler la légalité.
Cette voie contentieuse constitue un outil nouveau et particulièrement utile pour les familles souhaitant faire respecter, dans l’enseignement privé sous contrat, les exigences du code de l’éducation et les valeurs auxquelles ces établissements demeurent légalement soumis.
Retrouvez notre actualité et notre aide pour les parents d’élèves scolarisés dans le privé.
